FluidShift
Vingt ans à construire.
Et ce que j'ai dû apprendre à laisser porter par d'autres.
J'ai cofondé DataDome en 2015. On est partis d'un bureau prêté et d'une conviction : les bots allaient devenir un problème industriel, et personne ne prenait ça au sérieux. Huit ans plus tard, l'entreprise dépassait trente millions d'euros d'ARR, employait plus de deux cents personnes, et opérait sur trois continents.
Je n'ai pas vécu cette trajectoire comme un succès linéaire. Je l'ai vécue comme une succession de bascules. Celle du fondateur qui découvre qu'il n'est plus le meilleur à son poste. Celle du CEO qui doit arrêter de décider à la place de son équipe. Celle du Chairman qui doit laisser faire sans intervenir.
Et puis il y a eu mes enfants. Les besoins ont changé, le sens a changé. Chaque bascule m'a demandé de renoncer à quelque chose qui m'avait pourtant amené jusque-là.
Pour la première fois, du temps. Et une question.
Pour la première fois de ma vie professionnelle, j'avais du temps. Et avec ce temps est venue une question que je n'avais jamais eu l'espace de me poser : qui suis-je si je ne construis plus ?
Ce que j'ai compris, c'est que la partie de moi qui avait tout construit, l'exigence, le contrôle, l'adrénaline du faire, interférait avec l'intelligence de ce qui m'entourait. Non par malveillance, par réflexe. Cette partie performante et contrôlante ne fait jamais vraiment confiance aux autres, même quand ils sont parfaitement compétents.
Me réinventer, ça n'a pas été effacer ce que j'étais. Ça a été apprendre à mettre cette partie à sa juste place, lui laisser poser l'intention, puis se retirer. Laisser les autres jouer.
C'est ce que j'appelle diriger depuis ses ressources, plutôt que depuis la pression.
Ce que j'ai découvert en prenant du recul.
C'est au contact des entrepreneurs et des dirigeants que j'ai trouvé ma nouvelle énergie. Entrer dans leurs problématiques. Les accompagner dans les moments de tension. Les voir traverser ce que j'avais moi-même vécu.
Ce n'était pas l'adrénaline du faire. C'était quelque chose de plus durable : la satisfaction de transmettre. De donner les clés que personne ne m'avait données au moment où j'en avais besoin.
Ce que j'ai traversé, je le reconnais immédiatement chez les fondateurs que j'accompagne. Nos histoires ne sont jamais identiques, mais le mécanisme, lui, est toujours le même.
Voir comment ça se passeFluidShift est né de là.
J'ai voulu donner un cadre à cette intuition. Certification executive coaching à HEC Paris. Certification et accréditation formateur Process Communication Model. Non pour ajouter des titres, mais pour donner une rigueur méthodologique à ce que je faisais déjà intuitivement, et pour pouvoir le transmettre avec précision.
Le nom dit ce que je crois. "Fluid" pour dire que la transformation ne se force pas. Elle s'accompagne, elle émerge, elle respecte le rythme du vivant. "Shift" pour dire qu'il y a un avant et un après. Une bascule réelle, pas un ajustement de surface.
Ce que je crois. Et ce que je fais.
Les fondateurs que j'accompagne ne manquent pas de compétences. Ils ont en eux tout ce qu'il faut. Ce qui les freine, c'est cette partie qui a tout construit, et qui ne sait pas encore se retirer pour laisser les autres jouer.
Un fleuve ne force pas son chemin. Il trouve les passages, contourne les obstacles, creuse doucement là où la roche cède. C'est ça, diriger fluidement. Lire le terrain plutôt qu'imposer sa forme, et avancer.
Mon rôle n'est pas de leur donner les réponses. C'est de créer les conditions pour qu'ils se décalent, et qu'ils découvrent une version d'eux-mêmes qu'ils ne soupçonnaient pas encore.
Une bascule. Fluid. Shift.
Fabien Grenier